Relier, transmettre, faire évoluer les pratiques : un rôle de trait d’union

Au-delà de l’accompagnement individuel, la juriste en victimologie agit comme un trait d’union entre les victimes, les avocats, la justice et les professionnels de terrain. Formation, prévention, groupes de parole et sensibilisation : ce dernier article explore une approche globale et humaniste du droit des victimes.

Les victimes ne devraient jamais avoir à affronter seules un système judiciaire complexe et parfois déstabilisant. Mon rôle dépasse donc l’accompagnement individuel : il consiste aussi à faire le lien, à transmettre et à sensibiliser pour améliorer durablement la prise en charge des violences.

Un relais essentiel entre la victime, l’avocat et la justice

Bien souvent, les victimes entreprennent seules des démarches juridiques sans en maîtriser les codes, ce qui peut conduire à des erreurs aux conséquences graves. Il faut comprendre que la justice a ses propres règles et contraintes, et malheureusement le droit à l’erreur est minime – une procédure lancée de travers est difficile à rattraper par la suite. Par manque de temps, de connaissances ou de moyens, beaucoup de professionnels (policiers, avocats, juges, travailleurs sociaux…) ne peuvent pas toujours fournir l’accompagnement pédagogique et approfondi qu’une victime en détresse serait en droit d’attendre. C’est là qu’intervient tout l’intérêt de mon métier : je viens compléter et renforcer le travail de la justice en amont, pour que le dossier de la victime soit le plus solide et clair possible, et que ses droits soient préservés tout au long du processus.

Je tiens à souligner que mon rôle est complémentaire de celui des avocats, et non concurrent. Je ne plaide pas à l’audience à la place de l’avocat, je ne rédige pas d’actes de procédure complexes ; en revanche, j’aide la victime à préparer au mieux ses rendez-vous avec son avocat, à faire le tri dans les informations à lui transmettre, à lister les questions à aborder. Beaucoup de mes clients m’ont confié qu’avant de me rencontrer, elles se sentaient perdues et « n’osaient pas déranger » leur avocat pour chaque interrogation. Je fais donc souvent le lien : avec l’accord de mes clients, il m’arrive de contacter directement un avocat pour lui transmettre un élément important qu’elle avait oublié de lui signaler, ou pour m’assurer qu’il a bien reçu tel document. Cette communication fluide avec les autres acteurs juridiques est toujours faite avec l’accord de la victime, et elle est précieuse pour gagner du temps et éviter des malentendus. Il en va de même avec les services de police ou de gendarmerie : je peux, par exemple, accompagner la victime lors d’un dépôt de plainte ou d’une audition en tant que proche, afin de la soutenir. Ces collaborations respectueuses avec les professionnels du système permettent d’améliorer la prise en charge globale des victimes.

Les témoignages que je reçois confirment l’importance de ce relais. « Un bon accompagnement juridique est essentiel pour ne pas commettre d’erreurs, […] constituer un bon dossier !  » confie ainsi D., que j’ai accompagnée dans une procédure difficile. Ce constat, de nombreuses victimes le partagent : l’avocat, aussi compétent soit-il, n’a pas toujours le temps de vulgariser le jargon, de revenir en détail sur chaque étape, ou de répondre présent à toute heure. Or, les victimes ont besoin d’être guidées pas à pas, rassurées et éclairées régulièrement, pour éviter des erreurs comme oublier une pièce maîtresse dans un dossier ou rater un délai de recours. En travaillant main dans la main avec les avocats, les forces de l’ordre et les magistrats, je contribue à ce que les dossiers soient plus complets et mieux construits, ce qui sert in fine la justice elle-même. Une plainte bien rédigée, argumentée avec des preuves, aura beaucoup plus de poids lors de l’enquête ; un dossier de divorce ou de garde d’enfants bien préparé, avec des attestations et éléments concrets, mettra le juge en confiance et accélérera la procédure. Mieux préparée, la victime aborde aussi les audiences ou entretiens avec plus de sérénité, car elle sait à quoi s’attendre et comment présenter son histoire.

Je me vois donc comme une sorte de « chef d’orchestre de l’ombre » : je ne suis pas sur le devant de la scène judiciaire, mais je coordonne et j’harmonise les aspects juridiques en coulisses pour que la voix de la victime porte haut et clair. Lorsque chaque acteur joue son rôle – la victime, soutenue et informée, l’avocat, focalisé sur la défense en droit, et moi, en soutien transversal –, on obtient une synergie gagnante. Les retours de mes clients le prouvent :
« Sylvie a su me guider au mieux à différents niveaux de ma procédure […] Son accompagnement a toujours été d’une grande justesse avec un travail rigoureux et efficace », témoigne S., qui a pu obtenir la garde de son enfant dans un contexte de violences conjugales.
« Si j’avais su, j’aurais pris ses conseils bien plus tôt et je n’aurais pas traversé toutes les horribles épreuves et déceptions que j’ai subies… », regrette B., accompagnée par mes soins après avoir longtemps tenté de se débrouiller seule. C’est pour éviter de tels regrets que j’encourage fortement les victimes à ne pas rester isolées dans leurs démarches juridiques. Avec un accompagnement adapté, on évite bien des écueils : plaintes classées sans suite faute de preuves, erreurs de procédure, découragement face aux lenteurs administratives, etc. Et surtout, la victime ne se sent plus jamais seule face à l’institution : elle avance pas à pas, main dans la main avec un professionnel qui lui explique et la soutient à chaque tournant.

Transmettre et sensibiliser : former d’autres professionnels pour une meilleure prise en charge

Mon engagement pour la cause des victimes ne s’arrête pas à l’accompagnement individuel. J’ai à cœur de transmettre mon expertise et de contribuer à l’évolution des pratiques professionnelles en matière de prise en charge des victimes de violences. C’est dans cette perspective que j’interviens également en qualité de formatrice, enseignante, conférencière et experte, auprès de publics très variés.

Au fil des années, j’ai ainsi formé plusieurs centaines de professionnels – travailleurs sociaux, psychologues, forces de l’ordre, avocats, professionnels de santé, cadres, représentants du personnel, chefs d’entreprise – sur le cadre juridique des violences, mais surtout sur le repérage, l’accueil et l’accompagnement adaptés des victimes. Je propose des formations sur mesure, fondées sur une pédagogie active et participative, afin que chaque participant reparte avec des outils concrets, directement transposables dans sa pratique professionnelle.

J’anime notamment des actions de formation et de sensibilisation auprès des professionnels du secteur médico-social (travailleurs sociaux, personnels de santé, éducateurs, etc.), pour les aider à mieux accueillir la parole d’une personne révélant des violences conjugales ou intrafamiliales : quels mots utiliser, quelle posture adopter, comment évaluer le danger, sécuriser la situation et orienter vers les dispositifs adaptés.

J’interviens également dans le monde de l’entreprise, auprès des managers, des services des ressources humaines et des représentants du personnel, afin de sensibiliser aux violences intrafamiliales ayant un impact sur la sphère professionnelle. Les violences ne s’arrêtent pas à la porte du domicile : elles se traduisent par de l’absentéisme, une baisse de performance, des troubles psychosociaux, parfois par des situations de harcèlement sur le lieu de travail par un ex-conjoint ou un conjoint violent, ou encore par des usages détournés du télétravail. Former les employeurs et les collectifs de travail à repérer ces situations et à y répondre de manière adaptée constitue, à mes yeux, un enjeu majeur de prévention.

Je forme par ailleurs depuis de nombreuses années à l’île de La Réunion, en intégrant pleinement les spécificités culturelles, sociales et territoriales dans mes interventions. Cette approche contextualisée est essentielle pour adapter les pratiques professionnelles aux réalités locales. Aller voir ce qui se fait ailleurs, confronter les cadres juridiques aux contextes culturels et sociaux, nourrit profondément ma réflexion et renforce la pertinence de mes interventions.

Parallèlement à ces actions de formation professionnelle, je suis également enseignante. J’ai enseigné au sein du Master Droit des victimes à l’Université de Pau, notamment sur la place de la victime dans le procès pénal. J’enseigne actuellement au CNAM, dans le cadre de masters en criminologie, sur le droit des victimes, en abordant les théories victimologiques, l’évolution historique et sociologique du droit des victimes, la place de la victime dans le procès pénal, ainsi que l’articulation constante entre théorie et pratique.

Ces enseignements s’adressent à un public particulièrement varié : forces de l’ordre, avocats, professionnels du secteur médico-social, cadres, mais aussi étudiants se destinant aux métiers de la justice, de la criminologie et de l’accompagnement. Cette diversité de profils nourrit des échanges riches et confirme l’importance de la transmission auprès des étudiants en master, qui seront les professionnels de demain.

Je suis également régulièrement sollicitée en qualité de conférencière sur les thématiques des violences sexuelles et sexistes, du droit des personnes victimes de violences conjugales et intrafamiliales, ainsi que de la protection de l’enfance. Ces conférences, colloques et journées professionnelles permettent de croiser les regards juridiques, victimologiques et institutionnels, et de faire évoluer les représentations sur des sujets encore trop souvent mal compris.

À ce titre, je suis également sollicitée en tant qu’experte, notamment dans le cadre de la conception d’un DU élaboré à l’Université de La Réunion, consacré aux politiques publiques relatives aux violences intrafamiliales. Cette participation me permet de contribuer à la structuration des savoirs et à la diffusion d’une approche rigoureuse et transversale auprès des futurs professionnels et décideurs publics.

La transmission passe aussi, pour moi, par l’écriture. J’ai coécrit un ouvrage sur le droit des victimes avec Robert Cario, et publié un article dans la revue DALLOZ consacré au droit des victimes. Ces travaux s’inscrivent dans une volonté de rendre le droit plus lisible, plus accessible et plus opérationnel, tant pour les professionnels que pour les personnes concernées.

Enfin, j’interviens régulièrement dans des podcasts et médias spécialisés, en tant qu’experte, afin de partager mon analyse sur les violences intrafamiliales, mon métier, et mon regard critique sur les pratiques judiciaires et institutionnelles. Ces formats permettent de toucher un public plus large et de participer à une meilleure compréhension des réalités vécues par les victimes.

La transmission est ainsi au cœur de mon engagement : par les formations, l’enseignement universitaire, les conférences, l’écriture, les sensibilisations et les interventions médiatiques. J’ai à cœur de poursuivre et de développer ce volet essentiel de mon activité, convaincue qu’il constitue un levier fondamental pour faire évoluer durablement les pratiques, les politiques publiques et les mentalités sur ces problématiques complexes, sensibles et profondément humaines.

« Un Temps pour Soi » : un groupe de parole pour les femmes victimes de violences post-séparation

Au-delà du cadre juridique strict, j’ai aussi développé une initiative solidaire pour les victimes : la création d’un groupe de parole intitulé « Un Temps pour Soi ». Ce groupe, né il y a quelques années, est dédié en particulier aux mamans qui ont subi des violences conjugales et post-séparation. L’idée m’est venue à la demande de plusieurs femmes que j’accompagnais juridiquement : elles étaient dispersées aux quatre coins de la France et me confiaient régulièrement leur sentiment de solitude face aux épreuves qu’elles traversaient. Après une séparation d’avec un conjoint violent, le combat est loin d’être fini – harcèlement continu de l’ex-partenaire, procédures judiciaires pour la garde des enfants, incompréhension de l’entourage… Beaucoup de ces mères séparées se sentent très seules pour affronter tout cela. J’ai donc créé « Un Temps pour Soi » pour qu’elles puissent se rencontrer virtuellement et échanger librement dans un cadre confidentiel et sécurisant.

Lors de ces rencontres de groupe, la parole circule sans filtre : chacune peut partager ses difficultés du moment, mais aussi ses petites victoires du quotidien. C’est un espace où l’on peut parler des moments difficiles (une audience éprouvante, un coup de téléphone menaçant de l’ex, un enfant en pleurs refusant d’aller chez son père…) et recevoir le soutien des autres qui comprennent intimement ce vécu. C’est aussi l’occasion de mutualiser les conseils : l’une va expliquer comment elle a obtenu une ordonnance de protection rapidement, l’autre va partager une astuce pour surmonter une crise d’angoisse, etc.. Je suis présente pour animer et cadrer les échanges, mais je laisse beaucoup d’initiative aux participantes. J’observe souvent qu’au fil des séances, des femmes qui au départ étaient très réservées et n’osaient presque pas s’exprimer gagnent progressivement en confiance et en solidarité. Voir ces mamans reprendre goût à la parole, s’entraider et ne plus se sentir seules est l’une de mes plus grandes satisfactions. Ce groupe de parole est ainsi devenu un complément précieux à l’accompagnement individuel : il offre un soutien collectif et sororal, qui redonne de la force entre deux consultations juridiques. J’en suis fière et reconnaissante, car il vit grâce à la générosité et à la résilience de ces femmes extraordinaires. Comme je le dis souvent, je ne suis qu’une facilitatrice : ce sont elles qui font vivre “Un Temps pour Soi” et se portent mutuellement vers le haut.

Le métier de juriste spécialisée en victimologie est un métier à part entière, né d’un besoin de terrain et qui s’est développé petit à petit. Longtemps, les victimes sont restées dans l’ombre du système judiciaire :
« Durant de longs siècles, les victimes sont restées dans “les oubliettes” de la justice pénale… Ce n’est que depuis quelques années qu’un cadre normatif respectueux de leurs droits se construit ». Aujourd’hui, le droit des victimes émerge pleinement et je suis fière de contribuer à cette évolution. En tant que porte-voix des victimes, je mets mon expertise juridique, mon savoir-faire pratique et toute mon humanité au service de celles et ceux qui ont souffert en silence. Mon crédo : aucune victime ne devrait affronter seule le labyrinthe judiciaire.

Chaque victime accompagnée, chaque dossier mené à terme, chaque professionnel formé, c’est une avancée vers une justice plus humaine et efficace. Je mesure la chance que j’ai de faire un travail qui a du sens, aux côtés de personnes inspirantes par leur courage. “Je me considère comme une humaniste dans l’âme” : je crois profondément en la dignité humaine et en la capacité de résilience de chacun. Mon métier, je l’exerce avec professionnalisme, mais aussi avec mon cœur avec engagement, chaleur humaine et bienveillance.

Mon accompagnement est payant, car il repose sur un travail exigeant, spécialisé et approfondi. Mais il est important pour moi qu’il reste accessible : je propose des forfaits annuels ajustables, adaptés à chaque situation, avec la possibilité de paiement en plusieurs fois en cas de difficultés financières. Chaque situation est étudiée avec humanité et réalisme.

Un des plus beaux témoignages d’une cliente qui explique bien mon métier :
« je vous remercie encore pour votre travail. C’est comme si j’entendais enfin une professionnelle rassembler toutes les connaissances et compétences que je cherche (droit + violences conjugales, victimologie, contrôle coercitif, enfants co-victimes et même victimes directes, conséquences sur la vie quotidienne, la santé (psychique, physique) sur le travail, les réactions de l’entourage + accompagnement humain et bienveillant, écoute active, ne pas enfermer dans le rôle de vicitme + ouverture féministe tout en accueillant les hommes qui ont besoin + travail en équipe etc…). » L.

Si cet article a pu vous éclairer sur ce que j’apporte aux victimes de violences intrafamiliales, alors mon objectif est atteint. J’espère qu’il aura aussi su vous rassurer : que vous soyez vous-même victime en quête d’aide ou un professionnel désirant mieux accompagner son public, sachez qu’il existe des personnes compétentes et dévouées pour vous épauler.

Vous n’êtes pas seul(e) face à ces épreuves. En tant que juriste spécialisée en victimologie, je suis là pour vous informer et faire entendre votre voix auprès de ceux qui rendront la justice.

N’hésitez pas à me contacter, que ce soit pour un éclairage juridique ponctuel, un accompagnement complet ou un partenariat professionnel.

Ensemble, nous pourrons faire en sorte que votre parole compte et que vos droits soient respectés. Car au bout du chemin, c’est bien la parole libérée et la justice rendue qui permettront aux victimes de reprendre enfin leur vie en main, la tête haute.

Cet écrit appartient à Sylvie Ruiz. Aucune reproduction ni diffusion sans l’accord de son auteur n’est possible.

« Une société plus juste ne peut advenir que par la dignité rendue à chaque être humain, sans exception. » – Robert Badinter.
Ce mantra de justice et d’humanité, cité souvent dans mon bureau, résume bien l’esprit dans lequel j’exerce mon métier de juriste en victimologie.

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